Le futur du surf


#1

Je suis tombé sur cet article écrit par Joel de Rosnay en 1989.

C’est assez surprenant de réalisme, quel sera le futur du surf, vu ou nous en sommes aujourd’hui ???

Samedi 3 septembre 2005. Il fait un temps radieux. Un gros swell de nord ouest déferle sur la côte basque. Du 3 mètres à Lafiténia au “line up” avec un léger vent “off-shore”.

Alex se prépare depuis trois jours. Il a capté les infos météos diffusées 24 sur 24 et observé la carte satellite permanente sur le canal 18 de sa mini-télé à écran plat couleur qui ne le quitte jamais. La prévision des vagues et du temps ont fait des progrès extraordinaires en quelques années. Surtout grâce aux nouveaux satellites météos et aux ordinateurs géants utilisés par EuroMétéo, la nouvelle agence européenne de météorologie internationale. Les grands swells, la hauteur des vagues sur l’ensemble des côtes atlantiques et méditéranéennes sont précisés à la demande par l’intermédiaire du réseau TransNet accessible à partir de n’importe quel terminal portable doté d’un modem satellite. On peut même obtenir par ce réseau les images en temps réel des principales compétitions de surf qui se déroulent sur différentes plages.

Sylvie la copine d’Alex a préféré prendre sa leçon quotidienne sur les vagues artificielles du lac Mouriscot. Du 1 mètre, assuré, facile, cool, régulier et pas de courant. Une machine à vagues réglable pour tous types de mini swells, avec surf de nuit à la lumière des projecteurs. Un grand succès après les films des nuits de la glisse. Plusieurs grandes villes dans le monde ont construit des stades autour de piscines à vagues afin d’organiser des démonstrations et des compétitions. Les Pros des principales compétitions internationales de surf ne manquent plus ces détours au coeur des villes. Les Super Masters Indoors de Paris, dans le grand SurfPool de l’Aquaboulevard d’Issy-les-Moulineaux, sont devenus un “must” pour tout surfer du circuit Pro. Les prix sont importants et les compétitions retransmises sur le câble ou relayées par des chaînes internationales.

Sur la Côte Basque, les spots se sont multipliés au cours des 10 dernières années. Aux spots naturels (Guéthary, Lafiténia, la Grande Plage, les Cavaliers) sont venus s’ajouter quatre plages artificielles dont le fond a été modifié pour permettre des vagues parfaites (Belza, la petite chambre d’amour, Sainte Barbe, la Barre de l’Adour). Des relevés sous-marins précis ont été effectués dans les années 90. Les municipalités intéressées ont reçu des subventions importantes de “sponsors” industriels. Des équipes d’ingénieurs ont défini les méthodes et moyens les mieux adaptés à la création de vagues consistantes par tout type de swell. A la côte des basques, on surfe une droite de rêve à partir du rocher de la Villa Belza, jusqu’au pied de l’autoroute qui relie désormais Biarritz à Saint-Jean-de-Luz par la côte. A la Barre, l’ancienne plage située entre les deux digues est réservée au surf. La gauche est digne de “Santosha” : depuis la pointe de la digue jusqu’à l’embouchure de l’Adour! Ces spots sont évidemment payants en raison des importants investissements réalisés. Ce qui ne va pas sans poser des problèmes à la communauté internationale des surfers, peu disposés à souscrire un abonnement. Le contrôle est compliqué (chaque surfer doit coller une vignette sur sa planche) et la resquille particulièrement imaginative! En plus de ces plages artificielles payantes, trois piscines et lacs à vagues ont été créés (Chiberta, Bidart et le lac Mouriscot). Le surf y est garanti toute l’année avec des écoles de surf, magasins, restaurants, surf shops et, bien sûr, compétitions.

Sylvie aborde la côte du Lac Mouriscot sur son vélo solaire blanc et bleu. Le fameux Solex, abandonné en 1988, a été repris par une entreprise Coréenne spécialisée dans les moteurs électriques supraconducteurs à alimentation solaire. Il est désormais commercialisé dans le monde entier sous le nom de “Sol-Ex”. Des couleurs vives, un cadre, des roues et des pièces entièrement en plastique, mais le même “look” que son ancêtre. Un moteur léger à l’avant, totalement silencieux et une sorte de “parasol” protecteur fait de matériaux composites ultra légers, équipé de photopiles pour la recharge des minibatteries compactes “SolPack”.

Le Surfarium est en vue. Sylvie passe sans s’arréter devant une sorte de portique. Elle appuye sur le bouton de son terminal à infra-rouge. Un code et émis et les portes s’ouvrent devant elle. “D’abord une petite bouffe” se dit Sylvie. Elle passe au Surfresto s’acheter un plateau repas. Tous les plats comportent une notice : produits composants, calories, complémentations en acides aminés, vitamines, sels minéraux. Elle peut ainsi adapter sa nutrition à l’effort prévu. Comme elle se propose de rester 3 à 4 heures dans l’eau, elle choisit un plateau énergétique à base de glucides (salade de mais, riz, haricots), cubes de poulet, muesli, amandes, noisettes, dates, barres énergétiques au ginseng). Sylvie ne peut s’empécher de penser aux sandwiches au paté, aux frites, au coca et aux beignets abricots dont ses parents la nourrissait sur la plage à la fin des années 80. Les entreprises de l’agro-alimentaire ont heureuseusement pris le tournant de la nutrition équilibrée à la fin des années 90. Mais rien n’empèche ceux qui le souhaitent de manger des frites et des merguez! “Très peu pour moi” pense Sylvie en passant devant le vidéosurf et en introduisant sa carte d’abonnée.

Beaucoup de monde aujourd’hui. Pas mal de débutants avec leurs profs. Bien en ligne devant la caméra du vidéosurf, Sylvie prend sa première vague. “Il faut que je montre mes progrès à Alex : attention à la vidéo!”. Les vagues arrivent régulièrement. Un grand ventilateur, style studio de cinéma, ronronne doucement produisant une petite brise “off-shore”. Les surfers remontent sur les cotés, grâce des canaux à fort courant. Au bout d’une heure, tout le monde vote pour des vagues plus grosses et plus raides. Jackie, le technicien responsable du surfarium, presse quelques touches de l’ordinateur de contrôle et sssssschlaaff! voilà la série.

A la fin de la session, Sylvie s’isole avec son “Watchman” numérique Sony pour regarder sa cassette vidéo, la repasser au ralenti, s’arréter sur l’image et voir ses fautes. “Super! si je continue comme ça je suis bonne pour Guéthary!”.

Alex prépare son matériel pour aller affronter les tubes de Lafiténia. Sa planche ultra-légère et résistante est en céramique nid d’abeille. Elle est transparente avec des bandes latérales de couleur fluo rose et vert turquoise. La “permawax” (wax spéciale que l’on ne passe sur la planche qu’une fois par saison) lui donne un aspect laiteux. Cette planche, commandée à “Tora Surf” l’entreprise japonaise qui s’est installée dans la Technopole de Bidart, lui a été livrée le jour même. Elle a été calculée par ordinateur et profilée par un robot “shaper”. Les nouveaux matériaux plastiques et les enceintes à catalyse ont permis sa finition (glassage et couleurs) en moins d’une heure.

Alex met son “modulo-suit” dans un sac. Cette nouvelle combinaison modulaire, faite d’une matière aussi fine que la peau humaine (le “hotprène” obtenu par un traitement biotechnologique à partir de la chitine des insectes) permet de surfer en toute saison. Elle comprend un “top” auquel on peut rajouter à volonté un bas (pour composer un “short john”), ou si l’eau est froide, des bras ou des jambes fixés par du velcro. Dans une autre poche, Alex place ses gants palmés (il ne viendrait plus à l’idée d’un surfer de se passer de ces gants miracles) et son casque léger, spécial surf, rendu obligatoire par les règlements internationaux depuis l’été 1995. Enfin il ajoute son “auto-leash”, un leash de sécurité en “stretchex”, fin comme un fil de pèche mais extensible et pouvant se rétracter dans une petite boule creuse attachée à la bande entourant la cheville. “Ah! mes barres énergétiques “dietsurf” hypercaloriques pour tenir le coup toute la journée, j’ai failli les oublier”. Une boite entière fera l’affaire.

Bien calé dans sa voiture automatiquement guidée sur l’autoroute par des câbles enfouis dans le béton, Alex écoute les multiples “surf reports” sur les chaînes des vidéoradios locales. Ces informations sont données avec des cartes qui s’affichent sur un petit écan de bord. Une copie couleur tombe régulièrement d’un minifax embarqué.

Voilà la sortie, il faut reprendre le pilotage manuel. Mais pour éviter les traditionnels bouchons de la sortie de Guéthary, Alex interroge par son ordinateur de bord une borne infra-rouge relayant les informations données par “Ourson malin” le service de guidage autoroutier local. Voix de l’ordinateur : " Prenez la sortie 12… OK… deuxième à droite… OK… Passez sous le pont… OK… vous êtes sur la route de Lafiténia… prudence au passage du pont sur la voie de l’aérotrain magnétique Paris-Madrid, interférences possibles… Bonne route".

Tous les bulletins l’indiquent, le swell semble grossir à Lafiténia. Pas de problème, son kit d’adaptation lui permettra de transformer l’arrière de sa planche en “pin” tail spéciale grosse vagues. Il suffit de glisser l’arrière de son choix (single fin, tri fin ou quattro) dans une glissière prévue à cet effet et de le bloquer par des ergots en plastique. Simple mais efficace.

Arrivé au parking, Alex sort ses petites jumelles télémétriques. Waaowh! quel swell! Les jumelles donnent la distance et la hauteur des vagues en temps réel : “line up” à 514 m, séries de 328 cm. Une pression sur une touche de conversion : 10 pieds. Pas mal! Alex descend en courant la route vers la plage entièrement réservée au surf. Devant le portail d’entrée il introduit sa carte d’abonnement dans un lecteur de carte à puce. Le portail s’ouvre. “Bonjour Alex, il vous reste trois jours d’abonnement, pensez à renouveler votre carte”, annone la voix métallique de l’ordinateur. Déjà beaucoup de monde sur le spot et évidemment, la queue au “télésurf”. Alex s’équipe, grignotte quelques barres “dietsurf” et s’avance dans le shore breack. A quelques mètres, il attrape le câble en plastique filant au ras de l’eau et conduisant à un ponton situé au large du chenal. Le “télésurf” tire allègrement à 10 noeuds une trentaine de surfers. D’autres ont un abonnement au “service scooter”. Un petit malin remorque une grappe de surfers avec son scooter marin et fait des aller retour incessants.

Voici enfin le “line up”. La réverbération fait scintiller la crête des vagues. Heureusement, Alex n’a pas oublié ses lentilles de contact filtrantes anti UV, teintées par un pigment à base de mélanine. Une belle série se présente. Tout le monde tente de démarrer. Les photographes préparent leurs minicaméras électroniques aquatiques. Les photos, numérisées sur disquettes, peuvent être transmises par les réseaux numérique à haut débit qui relient tous les pays européens. “Je vais me retrouver dans un journal allemand ou hollandais” pense Alex en ramant de toutes ses forces. “A moi!”, crie-t-il dans son hydrophone (mini émetteur-récepteur étanche placé dans son casque) “vous ne voyez pas que je suis placé ? interférence, interférence, bandes deŠ!”.

Un “drop” quasi vertical, un super “bottom turn” à pleine vitesse et retour face à la vague, utilisée comme tremplin de saut. Grâce à la vitesse acquise dans la descente, Alex décolle au sommet en effectuant un saut périlleux arrière, la planche ultra-légère restant miraculeusement fixée à ses pieds, puis réalise une magnifique “re-entry” sur la même vague. Cette figure, le “double spin arrière” est une des favorites d’Alex. Comme les wind surfers avec leurs “foot straps”, les surfers réalisent aujourd’hui des acrobaties jadis impossibles : “aerials” de 20 mètres, saut périlleux avant et arrière, “tournevis”, “vrille”. Un répertoire qui évoque celui des skieurs acrobatiques sur tremplins de neige et des surfers de poudreuse sautant les corniches en “flip” arrière. Le truc ? des chaussons spéciaux dont la semelle est revêtue de bandes velcro s’accrochant à d’autres bandes collées sur la planche. Le déplacement latéral des pieds reste possible, mais la planche est solidaire du surfer dans les acrobaties. Cette nouvelle dimension dans les figures de surf à conduit ce sport à faire son entrée aux Jeux Olympiques de 1996 à Sydney. Le surf est désormais reconnu comme un des grands sports nautiques à part entière.

“Trop de monde” pense Alex après une quinzaine de vagues âprement disputées à une centaine d’autres surfers. "Vivement le “secret spot”. De retour sur la plage il enfile sa “combisurf” une sorte de survêtement intégral avec une doublure interne en tissus éponge et des poches partout, puis appelle Sylvie sur son “UnitCom”, un téléphone portable muni d’un écran plat TV à cristaux liquides. Le joli visage de Sylvie apparait : “Salut! tu as déjà fini ?”. “Non, je continue, mais au “secret spot”, tu viens ?”. "OK je t’y retrouve, je t’amène ma vidéo, tu vas voir mes “off the lip”!.

En descendant les marches taillées dans le rocher, Alex se remémore les fantastiques tubes du “secret spot”, la tranquillité de ce lieu difficile d’accès, toujours protégé de la foule des surfers de septembre. Il faut en effet traverser une propriété et connaître les gardiens. En plus, ce lieu est une des réserves écologiques de la côte. Au cours des 10 dernières années, la pollution venue principalement d’Espagne avait ruiné la plupart des plages de la côte basque : bouteilles plastiques, “cans” d’aérosols, caisses, emballages, mais aussi sels toxiques de mercure, chrome, cadmium, PCB., conduisant à la disparition des poissons, des crabes, des oiseaux. Les vigoureuses protestations du ministère français de l’environnement n’y avait rien fait. Il fallu attendre l’interdiction totale par le gouvernement européen des emballages, bouteilles plastiques et aérosols au fréon en 2002 pour constater une légère amélioration. Mais la dépollution reste néanmoins essentielle dans ces zones et coûte cher aux municipalités. La qualité de l’eau y est mesurée en permanence, des filets très fin en alginates (plastiques dégradables fabriqués à partir d’algues) filtrent les déchets flottants, l’accès aux rochers est interdits afin de favoriser l’implantation des colonies d’oiseaux de mer.

Sur la plage d’une extraordinaire propreté, quelques “surf widows” s’abritent sous des parasols et des grands chapeaux pour éviter les rayons du soleil. Les multiples trous dans la couche protectrice d’ozone - résultats de nombreuses années d’utilisation d’aérosols aux chlorofluorocarbones - ont rendus les rayons du soleil particulièrement nocifs. La fréquence des cancers de la peau a été multipliée, touchant près d’un quart de la population. Plus personne ne se bronze pendant des heures comme dans les années 70 et 80! Même les “surf-widows” qui préfèrent s’allonger entièrement nues sur la plage, comme le veut la mode, ont le corps peint de jolis motifs de couleurs vives faits d’un produit antisolaire ultra-filtrant. Dans l’eau un groupe de “tontons surfers” assis sur leurs “long boards” sont en train de papoter. Ils sont maintenus en pleine forme grâce à des coktails de vitamines, d’anti-oxydants et surtout grâce à des greffes de moelle et de tissus foetaux. Les progrès du génie génétique permettent désormais de corriger des déficiences enzymatiques et de régénérer des cellules malades ou abîmées. Ce qui a pour effet de ralentir les processus du vieillissement et de permettre à ces “tontons surfers” de pratiquer en sécurité leur sport favori. “Mais à quel prix”, pense Alex en posant son sac sur la plage.

“Enfin je vais pouvoir enlever mon casque, oublier le “télésurf” et retrouver l’ambiance des années 80” dit Alex en embrassant Sylvie. “Tu vas voir mes progrès après les vagues du Surfarium”, lui murmure-t-elle à l’oreille. “Demain tu me promets de m’emmener voir la finale du “Surf Master” à Biarritz ?”. “Bien sûr” répond Alex en se jettant sur la grande planche de tandem, le menton posé sur le bas du dos de Sylvie. “Allez, rame! sinon on va prendre le “shore break” sur la tête!”.

Joël de Rosnay
4-2-1989

à lire ici avec d’autres articles anciens ou récents : http://www.arnaudderosnay.com/


#2

Dingue ! :smiley:


#3

Oué, c’est dingo d’avoir imaginé tout ça en 89. Juste deux erreurs, il s’est planté sur le trou de la couche d’ozone et malheureusement pour pez pas d’autoleash:mrgreen:


#4

Ce quie st dingue, c’est d’avoir imaginé tout ce qui touche au surf (aerial, les piscines à vagues, etc, alors qu’on en parlait pas du tout fin des années 80) , mais aussi à tout ce qui ne touche pas au surf, et ce en 89, la video qu’on peut regarder depuis un terminal mobile, la nutrition “équilibrée”, le sol-ex, le pilotage automatique des bagnoles, au moins sur l’autoroute, le digicode et les lecteurs de carte à puce.

Perso j’aime bien l’idée de la “modulo suit”.


#5

heeu pour les aerials pott’z en faisaient déjà les années précédant son titre en 89 soit de 86/89 et après …pour ce qui est des piscine à vagues il y en avait dans des complexes hoteliers 5 étoiles dans les années 88/89 notamment en afrique du sud (je ne sais pas le nom) …un pote surfer s’y etait fait invité par un fournisseur informatique donc ca commençait à exister …pas visionnaire à 100 % …faut relativiser


#6

Ok pas complètement faux, mais malgré tout, il y a quand même pas mal de chose dans le texte qui se révèle très proche de ce que nous pouvons vivre aujourd’hui.


#7

Heureusement le télésurf sur les spots, et les spots payants n’ont pas vu le jour, du moins en Europe.ouf…


#8

Pas mal mais c’est pas Jules Vernes non plus question prémonitions


#9

A valider une prédiction 30 ans après, on va trouver bcp de gens qui ont des prémonitions !


#10

Hé les mecs 89 c’est pas la préhistoire non plus ! Tout ça était déjà là.
Comme d’hab avec JDR, agrégat de concepts pré-existants et de ses marottes.
Il avait voulu qu’on essaye ses chaussons “ventouses” aux Cavaliers à cette époque (les mecs qui ont essayé se sont fait tarter velu ça glissait comme pas possible), et il se battait à l’époque pour le retour de la Barre. Par ailleurs Laird avait fait un truc avec des chaussons velcro pour Nike, y’avait même une mode de ce truc dans le skate. Les tails interchangeables existaient dans le windsurf, etc…
Après je l’ai toujours trouvé sympa et respectable.